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Présentation de la découverte des Fouilles du monastère de Saint-Géraud

par Annie Rassinot

(Société La Haute Auvergne / Fédération archéologique du Cantal)

 

 

 

Il y a du nouveau à l’ombre du clocher de Saint-Géraud. La presse s’en est fait l’écho et les citoyens d’Aurillac ont pu apprendre par les journaux ou les émissions de la télévision régionale que des fouilles archéologiques avaient mis au jour les vestiges du monastère. Ce ne fut pas pour autant une surprise puisque, même s’il n’en restait aucun vestige visible, il était bien connu que ces bâtiments avaient existé autrefois dans cet espace préservé du cœur historique d’Aurillac.

Que savait-on de cette abbaye disparue ? Les documents d’archives nous apprennent qu’elle avait été fondée par saint Géraud, un saint laïc, seigneur local, qui était à l’origine de sa fondation à la fin du ixe siècle, sous la règle de saint Benoît. Les statues de Géraud portant l’abbaye en transmettent le souvenir. La jolie façade aux arcades romanes bordée d’une vasque monolithe en serpentine, devant le parvis de l’église Saint-Géraud, constitue le seul vestige encore en élévation des bâtiments annexes de l’ensemble monastique. Redécouverte en 1930, ce devait être la façade de l’hôpital-hôtellerie du monastère.

 

L’hôpital-hôtellerie du monastère et la fontaine monolithe anciennement positionnée dans le cloître

 

Le nom de Gerbert est aussi attaché à l’abbaye puisqu’il y fit ses études, bien avant de devenir le pape de l’an mil sous le nom de Sylvestre II, témoignant ainsi de la solide réputation de cet établissement monastique dans le monde des lettrés de l’Occident chrétien.

Plus tard cependant, cette abbaye bénédictine connut bien des vicissitudes : au XVIe siècle, les bâtiments étaient déjà dans un bien triste état, les guerres de religions ne faisant qu’accélérer leur dégradation. Les chanoines et les abbés commendataires s’en seraient alors désintéressés (l’abbaye fut sécularisée en 1561), séjournant ailleurs. Dès le xviie siècle, la terre a donc comblé le vaste espace abandonné au sud de l’église. Sur les murs effondrés, se sont installés des jardins, mis en location par les chanoines, et dont le niveau s’est constamment élevé, au fur et à mesure de l’apport de terre destinée à enrichir les espaces cultivés. Ces biens furent vendus en 1791, la Révolution ayant supprimé le chapitre.

 

Canal traversant l’enclos de la Saint-Famille, avant son recouvrement en 1972.

Cliché André Muzac (Photothèque cantalienne)

 

Un canal resté longtemps à ciel ouvert traverse les lieux. Citons Michel Leymarie qui a bien étudié son tracé : « Il part de la chaussée de Peyrolles, dite "de la ville" : elle se trouvait, avant 1650, plus en amont. Un canal important y prend naissance : il se divise en deux branches au-dessus du Menut. Celle de droite, supérieure ou de St-Étienne, traverse la ville, à ciel ouvert ou sous les constructions. Elle rejoint le canal du cours Monthyon sous le mur de l’enclos préfectoral. »

En effet, les différents plans que l’on peut facilement consulter sur le site de la photothèque des Archives départementales du Cantal, en montrent clairement le tracé. Une vue du canal prise par André Muzac en a conservé le souvenir, traversant l’enclos de la Sainte-Famille, emplacement supposé du monastère. Son parcours non rectiligne avait déjà intrigué les érudits, soupçonnant qu’il devait garder la trace du contournement d’un bâtiment monastique.

En 1939 des travaux de démolition de bâtiments accolés au chevet de l’église Saint-Géraud avaient conduit Abel Beaufrère à effectuer des fouilles archéologiques de sauvetage révélant ainsi des sarcophages. Ils ont été, depuis, exposés dans le petit square nouvellement créé. Une longue période a suivi, où aucune fouille ne fut entreprise puisqu’il n’y avait pas de travaux mettant en péril les vestiges du monastère, préservés sous terre.

C’est à partir de l’été 2012 que de nouveaux éléments ont permis d’en savoir un peu plus sur ces traces oubliées du monastère, grâce à de nouveaux aménagements projetés par la ville d’Aurillac. En effet la ville décide d’entreprendre une opération de restauration urbaine conduite par l’Office public d’habitat d’Aurillac. Le périmètre dans lequel devaient se faire les travaux était évidemment réputé sensible du fait de la présence de l’ancien monastère détruit. Le Service régional de l’archéologie (DRAC Auvergne) a dû lancer, comme le veut la loi, une opération de diagnostic pour évaluer le potentiel archéologique de l’espace concerné. Le projet d’urbanisme devait évoluer en fonction des résultats des sondages archéologiques. Environ 7 à 10 % de la surface à aménager ont fait l’objet de sondages qui se sont révélés tous positifs, mettant au jour des niveaux de sols pavés ou des vestiges de murs sous un niveau de remblais de destruction. Ils ont été ensuite recouverts, d’une part pour les protéger, et d’autre part pour des raisons de sécurité.

Comme le projet d’aménagement prévoyait un parking souterrain, l’aménageur était dans l’obligation de faire procéder à des fouilles à cause des vestiges qui allaient obligatoirement être détruits. C’est ce qui s’est produit à partir du mois d’octobre. Après l’INRAP, c’est une société privée qui a remporté l‘appel d’offre pour mener à bien les travaux de sauvetage archéologiques qui ont mis au jour des vestiges dont la qualité exceptionnelle apparaît dans la droite ligne du prestigieux passé de l’abbaye d’Aurillac précédemment évoqué.

 

Bibliographie

Iung (Jean-Eric), « Autour de Saint-Géraud d'Aurillac au temps des derniers chanoines », Revue de la Haute-Auvergne, tome 58, Avril-Juin 1996, p. 167-186.

Collectif, Saint-Géraud d'Aurillac, onze siècles d'histoire, Aurillac, Amis du patrimoine de Haute-Auvergne, coll. Cahiers, n°4, 2009.

Fourniel (Béatrice), Le chapitre Saint-Géraud d'Aurillac, Aurillac-Albi, Société « La Haute-Auvergne »-Centre universitaire Champollion, 2010

Flauraud (Vincent), Aurillac de A à Z, Joué-les-Tours, Alan Sutton, 2010

Leymarie (Michel), « Les moulins hydrauliques et à vent de la Haute-Auvergne et du Cantal (I) : histoire et statistique », Revue de la Haute-Auvergne, tome 46, janvier-mars 1977, p. 35-57.