Retour Portail Découverte

 

 

AUTOUR DE SAINT-GERAUD D’AURILLAC AU TEMPS DES DERNIERS CHANOINES*

par Jean-Eric IUNG

(directeur des Archives départementales du Cantal de 1990 à 2003)

Extrait de la Revue de la Haute-Auvergne, avril-juin 1996

 

 

Rares peut-être sont les centres de ville historique qui ont subi autant de changements depuis deux siècles que celui d'Aurillac, - je veux parler du noyau initial, la ville abbatiale -, sans que l'on puisse invoquer l'effet d'un bombardement ou d'une catastrophe naturelle.

En effet si les deux grandes secousses de 1569 et de 1,793-1794 ont remodelé le paysage urbain en infligeant de sévères pertes aux ensembles claustraux ou collégiaux, l'urbanisme municipal d'une part, les changements d'affectation de grands bâtiments privés d'autre part, de la Révolution à nos jours, ont contribué de façon décisive à réduire l'habitat ou le bâti d'origine médiévale et du début de l'époque moderne à des isolats, mal datés de surcroît, et à limiter à un plan d'ensemble (l'enceinte abbatiale bornée par des voies urbaines respectueuses du tracé médiéval, - Pavatou -Saint-Etienne collège - les Fargues-le Buis, pour dire sommairement-) le souvenir de la ville que connurent les chanoines du chapitre de Saint-Géraud (1561-1790).

Cette constatation prise comme hypothèse de départ, cette conclusion énoncée en tête d'exposé, contrairement aux usages, sont nécessaires pour faire oublier au lecteur la physionomie connue aujourd'hui du « vieux » quartier Saint-Géraud et lui permettre d'aborder celui des derniers chanoines, ceux du xviiie siècle sans a priori.

Mgr Bouange et le chanoine Edouard Joubert, Michel Leymarie et M. Abel Beaufrère ont, chacun en ce qui le concernait et dans leur optique privilégiée, travaillé à l'histoire du quartier[i]. J'apporterai ici la synthèse de nouveaux dépouillements et d'anciens travaux.

Notre point de départ, l'anéantissement du monastère bénédictin d'Aurillac par les huguenots (1569), est incontestable : la reconstruction et la réaffectation des bâtiments abattus sont très peu connues dans le détail, sauf pour ce qui regarde l'église abbatiale elle-même (et encore, des décalages et des incertitudes chronologiques mériteraient d'être éclaircis). Aucune étude d'Aurillac de 1550 à 1700 n'a vu le jour. Pour donner une idée du cadre de vie urbain des derniers chanoines. je tenterai donc de combler cette lacune historiographique au moyen de documents qui, au xviiie siècle, décrivaient le « quartier » (au sens quasi-militaire du terme) ou « enclos » du chapitre, en se référant au temps de l'abbaye, et ce afin de replacer les évolutions des Aurillacois du temps des Lumières dans leur cadre, celui d'avant 1793, car en 1600 comme en 1700, point de square de Vic, point de rue de la fontaine de l'aumône dans sa partie basse, point de gymnase Saint-Géraud ni de rue de l'école supérieure prolongée, alias des frères Delmas, point de place de la bienfaisance (elle était occupée par un pâté de maisons). En contrepoint, on a certes l'enclos de l'école primaire et maternelle Saint-Géraud (la Sainte-Famille d'autrefois), affecté à d'autres usages, et relativement moins bâti en bordure de la rue du monastère (du côté du Buis, l'affaire est moins nette, mais on risquera provisoirement une hypothèse similaire : c'est là que je situe provisoirement « l'ancien cimetière » que MM. du chapitre transformèrent en parc d'agrément en 1769)[ii]. Et, par-dessus tout cela, l'église elle-même, dépourvue des deux travées orientales de la nef (1856-1865) et du clocher (terminé en 1898), mais ornée d'une flèche du type de celle de la Sainte-Chapelle de Paris et accompagnée d'un clocher que l'on qualifierait volontiers de campanile (parce que détaché de la nef et isolé par une vaste place) s'il n'avait été englobé dans un rideau de maisons prolongeant la rue du monastère (ou du chapitre) jusqu'à la rue qui de la place Saint-Géraud gagne encore la rue des dames.

Gardons en mémoire que la dénomination « place du chapitre » ou « place de devant l'église » sera ici continuellement utilisée pour désigner l'espace occupé aujourd'hui par le clocher et les deux travées de nef du siècle dernier, la place Saint-Géraud étant la nôtre comme celle du xviiie siècle, et notre rue « du monastère » étant celle « du chapitre » alors.

1 - De l’ancienne abbaye de Saint-Géraud au chapitre des temps modernes.

La sécularisation de l’abbaye bénédictine en 1561 aurait dû être suivie d’une réorganisation radicale mais volontaire de l’espace conventuel afin de permettre, au temps intermédiaire de la transition qui était accordée aux anciens moines et aux dignitaires de l’abbaye, leur vie durant, l’appropriation des lieux de la vie commune aux commodités et aux inconvénients de la vie séparées. Les dignités étaient moins nombreuses (trois désormais, l’abbé compris), les chanoines prêtres se retrouveraient quinze au plus, les « services » internes de l’abbaye, dont les dignités rappelaient éventuellement l’existence (camérerie, cellérie, hôtellerie, infirmerie, réfectoire) avaient disparu et donc les lieux y affectés n’avaient plus d’utilité.

La tornade de 1569 simplifia rudement les choses.

La maison abbatiale que la bulle de 1561 avait naturellement laissée à l’abbé fut détruite de fond en comble :  l’abbé Jean-Sébastien de Barral, vers 1750, en faisant mention comme d’un site connu mais réduit en l’état de jardin, d’une superficie de 2000m2 environ [iii], bordé par la rue du Buis en son milieu, le cimetières du chevet de l’église et les jardins du chapitre, assez proches pour être confondus avec celui de l’abbé. Ce dernier l’avait loti et ascensé ou baillé à emphythéose à diverses personnes[iv] et, s’il ne s’en désintéressait pas totalement, ne se soucia jamais d’y rétablir son hôtel : M. de Noailles, au début du xviie siècle avait préféré en acquérir un autre sur ses deniers privés (1609), rue des esclots (rue de Noailles actuelle), et ses successeurs purent habiter de nouveau le château Saint-Etienne.

L’infirmerie était bien localisée aussi : tout au bout de la rue du Buis, près de la porte des Fargues, voisine du moulin de las Clèdes-Basses (ancienne imprimerie Gerbert) entre les docks à fromages (anciennes boucheries)  et la maison Ternat. A l'époque qui nous intéresse, ce n'était plus qu’un groupe de jardins avec une petite maison dont le rez-de-chaussée (« salle basse ») fut régulièrement loué avec le jardin le plus proche du moulin avant d'être affecté partiellement à la construction des boucheries (abattoirs) de la ville (1774-1781)[v].

Le doyen, pourvu d'une dignité nouvelle, s'établit sur un site identifié comme étant celui de l'ancien réfectoire des moines et curieusement il s'exila à l'écart, dans une maison à la place de laquelle, à la fin du siècle dernier, fut  construite la chapelle de la Sainte-Famille, au 22 de la rue du monastère. La cour qui précédait la maison du doyen, bâtiment à deux corps de logis orienté perpendiculairement à la rue, s'ouvrait par un portail solennel si celui de du 22 rue du monastère était celui-là, il serait le dernier vestige d'un doyenné aujourd'hui rasé. Le hall d'accueil et la cantine de l'école sont des bâtiments modernes, malgré les modillons de remploi (?) qui supportent la charpente, élevés pour les besoins des religieuses enseignantes dans la seconde moitié du xixe siècle et au xxe siècle. Ils ont remplacé une maison qui possédait la caractéristique d'avoir été bâtie « en partie à pans de bois et à l'antique », donc comme la maison voisine actuellement visible, ce qui permet de lui attribuer une date de construction sinon médiévale, du moins du début de l'époque moderne, du temps de la reconstruction (vers 1600 ?). La vaste cour du doyenné s'étendait jusqu'à un grand jardin (1500 m2) borné par le canal aujourd’hui couvert. Puits, écurie et lieux d’aisance complétaient l’ensemble (le puits n’existe-t-il toujours pas ?)[vi]

On notera que pour disposer d’un logement commode et vaste, les deux derniers doyens, MM de Fontanges-Velzic et de Pesteils-La Majorie se transmirent une moitié de petite maison contiguë, sur l’arrière du doyenné  et en amont dans la rue, détruite de nos jours. M. de Fontanges l’avait acquise en 1758 et il logeait dans son double logis, hôtel de fonction et annexe privée, sa nièce et son neveu par alliance, ainsi qu'une domesticité relativement nombreuse. Pour garder sa tranquillité, Jean-Joseph de Pesteils racheta en 1771 la petite maison à Mme de La Garde, nièce de son prédécesseur. Et bien lui en prit car il put ainsi, dans les premiers jours de 1794, mourir chez lui mais aussi chez le doyen de Saint-Géraud, quoique le doyenné à proprement parler eût été vendu nationalement à un prêtre de Notre-Dame d'Aurillac, Peitavy, dès 1791. Le dernier doyen fut exposé sur un lit de parade, malgré la rigueur des temps, dans la maison qu'il avait léguée à sa gouvernante. Détail et coïncidence piquante : vingt ans plus tard, le beau-père de la petite-nièce du doyen, Pierre-François-Joseph d'Humières, acheta l'ancien doyenné de Saint-Géraud[vii].

Le chantre aurait quant à lui dû se contenter d'un logement dans la maison de la maîtrise : nous y reviendrons.

 

2 - Le quartier canonial

Plus à l'est en aval dans la rue du monastère, étaient des maisons et jardins de l'abbaye, aliénés de fait au xviiie siècle : nous y reviendrons plus loin. Passons rapidement sur le logement de fonction, utilisé ou non, de l’aumônier qui, quoique non dignitaire (l'aumônerie n'était qu'un personat, c'est-à-dire un bénéfice sans juridiction), était fort gâté par rapport à ses collègues : on connaît sa maison, l'ancien hospice-hôtellerie médiéval, logiquement placé hors de la clôture de l'abbaye ; et cette grande bâtisse, dont l'affectation originelle était périmée, était accompagnée de dépendances bâties et non bâties. On s'explique donc mieux que l'aumônier en ait loué une grande partie aux visitandines de la rue du collège dans les années 1660. Il n'empêche que ce vaste logement, sauvé miraculeusement par un hasard d'affectation à la Révolution (l'administration départementale puis celles du district et du canton l'occupèrent avant qu'on ne songeât à utiliser son site pour établir une halle au blé moderne), offrait à son locataire temporaire une résidence vaste sans vis-à-vis ni voisins. La description sommaire de sa distribution intérieure à la mort de l'aumônier Jean-Philippe de Fortet en 1746 est extrêmement flatteuse et en 1771 l'aumônier Tandeau laissait à bail l'essentiel de son hôtel à M. de Fontanges (Velzic) pour un important loyer de 350 L. annuelles[viii].

Le mode de logement des chanoines

Le quartier du chapitre à proprement parler était décalé de plusieurs dizaines de mètres vers le nord-est par rapport à l'ancien enclos monastique : en effet, quoiqu'il ait disparu en deux temps (1793-1794 et 1906-1909), on pourra le localiser sans risque d'erreur à charge d'une étude à venir sur les raisons et la genèse de ce transfert de 1570 à 1640. Mais les maisons canoniales ne furent jamais assez nombreuses pour permettre le logement de tous les chanoines, que leur effectif maximal (quinze) fût atteint ou non au xviiie siècle (les délibérations consultées de 1712 à la Révolution sont signées par une dizaine de chanoines « vocaux » en général, y compris les dignitaires). Un chanoine conscient de cet inconvénient fut assez bon pour prévoir dans son testament un legs destiné à augmenter le parc de ce qu'il faut bien nommer des logements de fonction[ix], qu'il estimait nécessaires pour favoriser l'accomplissement régulier du service divin. Tous les chanoines n'avaient pas les moyens du chanoine Gros qui acquit en 1770 une maison rue des Fargues, avec vue sur le jardin du doyen... Les chanoines de Saint-Géraud ne disposaient que de cinq appartements ou maisons en 1692, et de trois utiles seulement si l'on en croit le dénombrement au roi effectué alors, forcément sous-estimé. Comme toute déclaration fiscale[x]. Mais il faut y ajouter le doyenné, l'aumônerie et la maison du sacristain, autre personat, à ce nombre minimal, et faire abstraction du fait que la maîtrise, logée, avait une utilité évidente et que le « cabinet dans un petit jardin » cité pouvait tout de même intéresser un chanoine (ce fut le cas en 1712 et 1717 par exemple). A la Révolution, c'était toujours de trois maisons canoniales habitées par des chanoines simples que le chapitre disposait, avec un cabinet ou petite maison de jardin[xi]. Sept jardins furent déclarés en 1692, mais on y inclut alors certainement des lots baillés en emphytéose à des tiers. Jardins et maisons étaient attribués séparément selon des modalités bien précises : la bulle de sécularisation prévoyait une concession viagère aux chanoines des bâtiments de l'ancienne communauté bénédictine et, de fait, prenant rang à compter de leur date d'installation, les chanoines dépourvus de logement fixe (onze au plus, l'abbé, le doyen, l'aumônier et le sacristain déduits) faisaient jouer leur droit d'option systématiquement à chaque libération de logement ou de jardin, au lendemain du décès ou de la résignation d'un confrère. Une petite restriction s'appliquait au chantre qui, de 1752 à 1769, - c'était alors le très procédurier Azémar -, dut batailler pour se faire une place « à tour » et ne pas se contenter d'une maîtrise dont le bâtiment, en mauvais état, fut déplacé. Le droit d'option « venant à tour » étant viager et permanent et s'appliquant simultanément et successivement aux maisons et aux jardins, les chanoines plus anciens pouvaient opter en cascade et à répétition jusqu'à obtention de la combinaison maison plus jardin qui leur convenait le mieux et, en abandonnant une maison plus petite, moins commode ou trop éloignée du jardin enfin acquis, la remettre en jeu pour leur suivant dans cet ordre du tableau cher aux corps constitués de l'Ancien Régime. le droit d'option était cessible et, dans l'espoir d'une attribution ultérieure, un plus ancien cédait son droit immédiat à un suivant mais il était imprescriptible, et pouvait donc rejouer ensuite. Rien n'interdisait ensuite le « remembrement » de jouissance par échange amiable, comme celui que les chanoines Delort et Ribier conclurent en 1712 comme étant mieux adapté par rapport à leur demeure »[xii] - Et les jardins n'étaient pas les moins courus...

Le service divin cependant ou l'intérêt général du chapitre conduisaient à l'occasion à des abandons de parcelles attribuées à l’ancienneté : ainsi quand il fallut loger la maîtrise rénovée dont l’abbé de Barral avait poussé à la création en 1752,le chantre Azémar remit à la communauté le pavillon du chevet de l'église et son jardin et fut dédommagé par la cession que voulut bien lui faire le chanoine Cambefort du jardin de derrière la chapelle Saint-Georges (isolée vis-à-vis du cimetière de l'autre côté de la rue conduisant de la place du chapitre à la rue des dames, - à l'emplacement de l'actuel presbytère de Saint-Géraud). Cambefort recevrait quant à lui 15 L. de redevance annuelle que le chapitre rattraperait en louant l'ancienne maîtrise au chanoine Boyssou pour 40 L.[xiii]! Cette location indique bien que la maison de la maîtrise jouissait d'un statut particulier et ne pouvait être mise dans le stock commun des logements canoniaux. Et comme cette maison de l'ancienne maîtrise n'avait pas de jardin, Boyssou n'eut de cesse de s'emparer de la parcelle que l'abbé rétrocéda au chapitre trois ans après...

Après quelques années, le chanoine Dubachet, s'étonnant de ce que Boyssou n'eût pas abandonné le jardin et le cabinet de la maîtrise, demanda à bénéficier d'une attribution de jardin vacant, sauf à lui payer 15 L. pour dédommagement, selon la jurisprudence qui avait prévalu pour le chanoine Azémar, privé du cabinet de la maîtrise quelque temps auparavant[xiv]...

 

Les chanoines plus jeunes ou trop exigeants qui n'avaient pas pu faire jouer leur droit d'option ni voulu de ce qui se présentait à leur tour se logeaient où ils le souhaitaient : il est temps de faire justice de la dénomination de « maison des chanoines » que l'on affecte rituellement à l'une ou l'autre bâtisse de la place Saint-Géraud dans la tradition orale aurillacoise...

Au xviiie siècle, la maison du coin de la place et de la rue du monastère ne fut jamais que la maison Moliérat-Prax, maison d'habitation d'hommes de loi et de marchands, avec boutique au rez-de-chaussée[xv]. Il faut ajouter aux conclusions que les documents imposent une observation de bon sens: à l'exception notable de « l'hospice » devenu maison de l'aumônier, le versant nord-est de la place et de la rue était alors les murs de la clôture bénédictine et on voit mal que les chanoines ruinés en 1569 aient jeté leur dévolu sur les maisons en bon état (si l'on en croit les vestiges visibles du xve siècle et de la Renaissance) de ce bord-là de la rue, qu'ils auraient dû acquérir à beaux écus sonnants qu'ils n'avaient pas pour reconstruire leur église.

En revanche rien ni personne ne put interdire à des chanoines sans toit de louer un appartement sur la place Saint-Géraud toute proche : l'aumônier La Grange, en 1658, baillait ainsi son logis à un confrère, et à côté de la « maison des chanoines » de la tradition. dans la petite bâtisse coincée entre le collège et celle- ci, en 1723, le chanoine Cébié était locataire, tout comme son confrère Leigonye, en 1760, occupait une maison louée derrière celle, canoniale, que Cébié avait obtenue, à l'est de la place de devant l'église (grossièrement: au coin des actuelles rues des frères Delmas et de la fontaine de l'aumône)[xvi].

Les maisons canoniales

Les maisons canoniales ne furent pas bâties sur le site de l'ancienne abbaye stricto sensu (à l'ouest et au sud-ouest de Saint-Géraud-église) mais se groupèrent face à l'entrée de l'église mutilée et sur le côté oriental de l'ancien enclos[xvii]. En effet, de part et d'autre du clocher de Saint-Géraud, dont les arcades livraient un passage d'une place (Saint-Géraud) à l'autre (celle du chapitre) et abritaient boutique et écurie louées (depuis 1788 seulement si l'on croit Lakairie, le chroniqueur de 1790-1820), dans l'alignement des maisons de l'actuel n° 24-26 rue du monastère et un peu en avant de notre moderne clocher, se dressait un premier groupe de maisons accolées tandis que, formant un retour d'équerre le long de l'actuelle rue de la fontaine de l'aumône et depuis le site de la rue des frères Delmas et des deux premiers immeubles qui la bordent au sud, deux maisons et des jardins prolongeaient le mince rideau des maisons placées entre la place Saint-Géraud et la place du chapitre. Or tout a disparu depuis les expropriations décidées en 1794[xviii], après la vente nationale, en vue de construire une halle aux grains, et le percement de la rue de l'école supérieure prolongée (notre école primaire d'application, rue des frères Delmas), en 1904-1909. Car à l'issue de la campagne de démolitions de 1794, ne subsistèrent plus que deux des maisons canoniales : la plus imposante peut-être, celle qui en 1826 fut acquise d'Etienne de Salles du Doux pour servir de presbytère à Saint-Géraud, et qui fut sacrifiée en 1904-1909, et celle de la maîtrise, contiguë, en direction de la rue des dames[xix]. On se reportera au plan sommaire de situation reconstitué n°1.

 

 

 

 

 

Les jardins canoniaux étaient situés à l'est de l'église, de l'autre côté de la place de devant Saint-Géraud, et plus au sud-est, derrière le cimetière du chevet de l'église, à côté du jardin abbatial[xx]. On a déjà parlé du jardin de la chapelle Saint-Georges, abattue pendant la Révolution ; parmi les autres jardins, à la fin de l'Ancien Régime, il y avait celui du chanoine Degain, celui du chanoine Trenty, annexés à leurs maisons sur la place du chapitre, celui du chanoine Delzons, isolé, et celui dit du Trioulou, au chevet de l'église. Une incertitude demeure quant aux limites de certains immeubles sis à l'emplacement de l'actuel presbytère, rue des dames et place de Vic (l'enclos Lorus, agrandi en 1791 du jardin de Saint-Georges et passé aux Rames). En effet Lorus, acquéreur de biens nationaux, était déjà propriétaire dans le très proche quartier trente ans auparavant[xxi].

La conclusion se lit sur le plan Daudé simplifié et annoté (n°2) : le quartier du chapitre s'était réfugié à l'extrême orient de l'ancien enclos bénédictin, sans que pour autant on puisse à ce jour indiquer sur quelle ruine ou sur quel terrain vierge il avait été bâti aux alentours de 1600.

Les immeubles aliénés par les chanoines : le grand enclos Delsol

Mais entre le massif décanal (à l'ouest) et le massif collégial (à l'est), et compte-tenu des incertitudes dues au déplacement de certaines appellations (notamment de celle de la « maison de la maîtrise », qui suivit les pérégrinations des chanteurs de la proximité de l'église au groupe de maisons sises sur le flanc oriental de la place de devant l'église)[xxii], quelle affectation avait été donnée à ce qui avait été le site du monastère bénédictin ?

 

 

 

Tout bonnement, le chapitre, comme l’abbé l'avait fait pour son jardin et le site de son ancien hôtel, avait acensé l’immense espace non bâti ou ruiné, borné par la rue du monastère (maison à premier étage en encorbellement, au n°24, et sa voisine dépouillée des mêmes encorbellements depuis les années 1930-1940), l’église Saint-Géraud et son cimetière, la rue du Buis, les boucheries et l'enclos du doyenné. La plus grande partie fut baillée à emphytéose en 1638, et était possédée au xviiie siècle par la famille de Fortisson : on l'appelait l'enclos Del Claux et de Gouttanègre (les Fortisson de Montlezun étaient seigneurs du Claux à Naucelles). Bordant la rue du Buis, un jardin vaste acensé dans les mêmes conditions mais depuis une date encore inconnue était tenu à la fin de l'Ancien Régime par Fornier de La Roirie, conseiller en l'élection, le tribunal du contentieux fiscal. Mais le plus gros morceau, site de l'ancien cloître au moins, composé de deux maisons accolées, d'un jardin et d'un pradel dit du Queyronnier, fut acquis en 1761 à la barre du tribunal des Requêtes du Palais par l'habile Basile Delsol, homme d'affaires autant que de loi, procureur, commissaire aux saisies réelles du bailliage, fermier de domaines ruraux et négociant. Ce Basile fut le père de Marie-Jeanne Delsol, dont le mariage avec Barthélémy Vigier, receveur des tailles de Mauriac-Saint-Flour, fit une Madame d'Orcet[xxiii]. Les Delsol jouissaient aussi de l'ancienne maîtrise, là où de nos jours est l'amorce du passage qui longe l'église sur la droite, une écurie et un jardin dits du Mandat, qui furent annexés au nouveau parvis à la fin du xixe siècle avec la maison voisine : la laideur du mur pignon du 26 rue du monastère s'explique ainsi. Il s'agissait d'un mur mitoyen et non d'un mur d'angle.

En procès avec les Fortisson de Montlezun les chanoines se trouvèrent fort embarrassés du vaste ensemble Queyronnier-Mandat-ancienne maîtrise quand les experts leur annoncèrent qu'il ne valait que 5200 L., dont 1400 imputables aux améliorations des anciens locataires-tenanciers, et que près de 4000 L. devraient être investis pour remettre en état les bâtiments annexes (la maison du Claux, bientôt Delsol, belle maison du début du xviie siècle au no 24 rue du monastère, était la seule à ne pas nécessiter de travaux) et les murs mitoyens. Les dégradations dues à l'âge s'ajoutaient à celles que l'établissement des boucheries, peu auparavant, avait infligé au bâtiment du bout du pradel, dont le rez-de-chaussée avait été malencontreusement cédé aux abattoirs. Selon l'expert, la dénivellation surprenante que l'on constate toujours entre la partie centrale de l'enclos (cour de récréation de l'école) et la rue du Buis et celle du monastère avait été aggravée par la bonification du jardin par les emphytéotes. Mais le même phénomène était remarquable au doyenné, voisin, et l'expert ne nous affirme pas positivement que cette surélévation datait d'après 1638, date du premier acensement, ou d'après 1721, date de la dernière descente sur les lieux[xxiv]

Remarquerons-nous, pour finir, quelque hasardeuse que soit parfois l'étymologie des toponymes, que le terme de queironnier-caironnier, en langue d'oc, pourrait bien signifier « lieu où se trouvent des pierres de taille, des moellons »), donc carrière au sens où les monuments abandonnés ou détruits deviennent des carrières ?

 

Les chanoines, déjà soucieux de terminer le contentieux qui les opposait à Mme Vigier d'Orcet[xxv], furent heureux de vendre un assez bon prix. si l'expert n'avait pas surestimé les travaux nécessaires, la totalité de l’enclos le 14 juillet 1781. Ils avaient forcément déjà procédé à des aliénations pures et simples depuis le xvie siècle, le plus récemment dans le coin des boucheries, ancienne infirmerie et actuels docks aux fromages : celle de 1781 doit frapper notre esprit en raison de sa date tardive et du caractère symbolique et central des lieux vendus. Pourtant les chanoines voyaient un avenir heureux et ambitieux devant eux, en se réservant spécifiquement la possibilité de faire fermer les ouvertures que Mme d'Orcet pratiquerait sur la place de devant l'église, alias du chapitre, au cas où ils voudraient faire allonger et élever l'église jusqu'au clocher[xxvi], projet bien digne des acquéreurs du grand orgue de Rabiny, mais que les événements leur interdiraient de mener à bien eux-mêmes.

  

  

 



[i] Guillaume Bouange, Saint-Géraud d'Aurillac et son illustre abbaye, Aurillac, 1881, 2 vol. ; au t. II, achevé par son neveu Roux, utilisé notamment pour ses p. 265-219 (les modalités de la sécularisation de 1561), 323-324 (allusion elliptique à la reconstruction du xvie siècle), 343 et suiv. (reconstruction sous l'abbé Charles de Noailles et physionomie du bâtiment ecclésial d'alors). - Edouard Joubert, le chapitre Saint-Géraud d'Aurillac, Aurillac, 1976, 287 p.; très riche et évocateur, fondé sur des dépouillements originaux mais insuffisamment référencé et ignorant la source essentielle des minutiers notariaux. – Abel Beaufrère, dont les mises au point successives, de 1944 à 1992 (notamment dans Revue de la Haute-Auvergne (RHA désormais), en 1944, 1963 et 1992, et dans Enigmes d’Aurillac : Notre-Dame du chœur, Eglise Saint-Clément Aurillac, [1944], 46 p.) apportent le point de vue de l’archéologue. - Michel Leymarie, Grandeur et décadence du vieux quartier Saint-Géraud. Aurillac,[1958], 24 p., entre autres contributions, éclaire le sujet par petites touches grâce aux documents nouveaux exploités, mais sans synthèse malheureusement.

On n’oubliera pas les mises au point des archéologues et historien d'art données au temps du millénaire d'Aurillac (1972) dans le Bulletin monumental et la RHA.

[ii] Archives départementales du Cantal (ADC désormais) ,3 E 89/24, bail à loyer 24/02/1769.

[iii] ADC, 4 G 20, sd (postérieur à l’abandon de la justice temporelle en 1748-1749).

[iv] ADC, 4 G 8, p 36-37 (12/10/1754) : délibération qui renvoie à une investison de 1617 et prévoit un échange avec un autre jardin « retiré » à son tenancier ; les chanoines estimaient  difficile alors de limiter le terrain sur lequel était assis, deux siècles auparavant, l’hôtel abbatial, dont seul le site général était connu. EN 1781 le jardin abbatial était très nettement localisé au sud de l’église et du grand jardin canonial (ADC, 3 E 24/53, procès-verbal d’expertise 28/06/1781 joint à la vente du 14/07/1781).

[v] Michel Leymarie, « Les moulins hydrauliques et à vent de Haute-Auvergne et du Cantal », dans RHA, 47 (1979), p. 52-54 (description du moulin des Clèdes-basses par rapport à l'infirmerie). - Et réciproquement : ADC, 3 E 32/47 (04/02/1723),3 E 42/41 (26/05/1744), 3 E 89/17 (28/05/1759), 3 E 52/54 (14/03/1774) : baux à court terme et emphytéotique de jardins limités par la rue, le jardin Fortisson-Delsol, le canal descendant de Saint-Etienne, les jardins canoniaux (de l'ancienne infirmerie). En 1774 Raulhac avait été le prête-nom de la municipalité.

Sur les boucheries, dont l'établissement dans le quartier relevait d'un projet vieux de 150 ans : Gabriel Esquer, Inventaire des archives communales de la ville d'Aurillac..., t. Ier, Aurillac, 1906, p. 176 (juin 1629), 355 (mars 1774 : renseignement à confronter avec le bail à locatairerie perpétuelle du l4/03/1774 et avec la note de Lakairie dans son recueil annalistique et analytique (Archives communales d'Aurillac (ACA désormais), II 7) qui fait erreur en évoquant le jardin du cellérier), 358 (mars 1777) et 36l-362 (févr. -mars l78l).

[vi] Description dans ADC, 1 Q 43, [fol. 4 v°], procès-verbal d'estimation (30/11/1790), qui réserve au seul doyenné la mention d'un grand portail : est-ce celui que l'on devine sur le plan d'alignement du siècle suivant (1880, juste avant la destruction du vieux doyenné : ADC, [2] O 14, doss. voirie urbaine, rue du monastère) ?

Voir aussi note suiv.

[vii] Sur la « petite maison » : ADC, 16 B 150, inventaire après décès de Louis Verdier, second époux de Marie Latartrière, veuve Ramillard, rue du monastère (05/03/1742 : une porte de la maison donne sur la rue) ; 3 E 24/3, vente 22/01/1758 et 3 E 24/38, vente 20/12/1771; chartrier (privé) du Poux, PE IV-49, dossier Jean-Joseph de Pesteils, contre-lettre O5/01/1772, et PE IV-21, dossier François-Claude de Pesteils, correspondance (lettre de M. de Beauclair annonçant la mort du doyen de Fontanges et l'intérêt qu'il y aurait à acquérir la maison. 24/03/1770) ; ADC, 3E 73/20, testament 23/09/1793.

Cette petite maison a aujourd'hui disparu : l'école de la Sainte-Famille a démoli une maison sise derrière l'ancien doyenné pour la construction de la chapelle et l'agrandissement de sa cour, c'était celle-là.

Sur le rachat de l'ancien doyenné et sa consistance en 1814-1815 : ADC, 49 U 15, procès-verbal d'expertise 02/01/1815; 48 U 8-9, cahier des charges et adjudication à la barre 25/03/1815 -25/04/1816. - Voir aussi E. Joubert, ouvr. cit., p. 161, 165-166 et 276, qui a utilisé le procès-verbal d'inventaire de la succession du doyen de Fontanges (ADC, 1 B 741/1, mars-avr. 1770) : je me permets de souligner une fois pour toutes le caractère parfois évasif des données de cet auteur (on pourrait croire à le lire que la maison du doyen est toujours debout et il commet une erreur concernant la maison canoniale des chanoines Gillet et Cébié, p. 165).

[viii] ADC, 16 B 151, procès-verbaux de pose et de levée des scellés 07/05 et 31/12/1746 ; 3 E 30/32, bail 02/04/1658 (l'aumônier La Grange, manifestement non résident, logeait aussi un confrère) ; 3 E 24/36, bail 11/03/1771. Description sommaire mais estimation éloquente (10 000 L.) en 1790 : ADC, 1 Q 43, [fol. 5].

L'architecture du bâtiment et l'inscription latine mutilée qui orne sa façade ont donné lieu à plusieurs études d'Abel Beaufrère, Pierre Quarré et autres, et au xixe siècle romantique, la bâtisse fut représentée dans le recueil de l'Ancienne Auvergne et le Velay de Michel (Moulins, 1843). On notera que dès 1549, avant la sécularisation (ADC, 3 E 18/42, fol. 12 v°) on parlait d'aumônerie (l'hôtelier du monastère avait son « hôtel » ailleurs).

[ix] E. Joubert, ouvr. cit., p. 174.

[x] ADC, 352 F 4.

[xi] Je prends le parti d'identifier le « cabinet » au « donjon, cabinet et jardin » situé derrière la chapelle Notre-Dame-du-chœur et que l'on attribua successivement à des chanoines : ADC. 106 F 7, délibérations 29/05 22/10/1712 et 07/02/1717.

En 1790-1791 et 1796, selon les estimations et ventes nationales : ADC, 1 Q 43, [fol. 5-6] ; 1 Q l00, fol. 16-17 et 42, et 1 Q 101 ; 1 Q 508, n° 17 (soumission 26 flor. IV).-Je ne me fie pas aux souvenirs de Lakairie dans le détail (ACA, ll 7) mais le chiffre annoncé par ce chroniqueur mémorialiste dix ans après (1802) la désaffectation des maisons et sept ans après leur destruction quasi-intégrale concorde avec les données du xviiie siècle.

[xii] ADC, 106 F 7, délibération 29/05/1712. Plus généralement, ibid., autre du 26/08/1699 (sur le jardin du chantre Jacques de Gachet, mort la veille), 22/10/1712, 23/10/1716,07/02/1717 ; 106 F 5, autre du 12/05/1744 (retrait du droit d’option de deux anciens, Cébié et Gillet, au profit de Trenty) ; 106 F 8. autre du 09/04/1734 (exercice du droit d'option suivi de retrait immédiat par le chantre Toumier) :3 E 24/9, n°18, sommation l18/02/1762 pour le chantre Azémar ; 3 E 52/39, transaction 1er/08/1769 ; 4 G 8, p. 76, 19/08/1783 (quadruple cascade de dévolution de jardins).

[xiii] ADC, 4 G 8, p.23 et26 (délibération 26/03/1752) ; situation exacte de la maitrise en 1767 (sur l'actuelle place de la bienfaisance) dans ADC, 3 E 24/3, vente 13/01. L'ancienne maîtrise de 1752, remise en état, fut certainement réaffectée ultérieurement à son usage. De 1781 à 1789 l'appellation d'ancienne maîtrise s’applique mieux au bâtiment du chevet de l'église, tandis qu'en 1790-1791, on situera la maîtrise récemment abolie, donc « ancienne », mais moins ancienne que l'« ancienne », de 1752 (!), à l'angle nord-est du quartier canonial, là où passa la rue en 1909 (aujourd’hui rue des frères Delmas).

Voir aussi notes 19 et 22.

[xiv] ADC, 4 G 8, p. 39 (délibération 25/03/1755) ; 3 E 24/5, n°34 (sommation 03/o5/17 60).

[xv] ADC, C 222, 20e des maisons de 1778-1780, art. 431, et 20e de 1784, art. 435 t « belle maison »). Le rôle du 20e de 1759 concorde. - ADC, 3 E 212/2, revente 22 brum. an II de la boutique d'un des corps de logis de la maison Moliérat-Prax par Jeanne-Marie Delsol-Vigier d'Orcet, fille du Basile Delsol qui l'avait acquise en 1754 (selon l'inventaire du 06/10/1780, dans A.D,C, 3 E 24/52, à l'art. 164 des papiers).

[xvi] ADC, 3 E 42/8, vente 19/06/1723 (maison occupée par Cébié). Sur la maison de l'aumônerie voir note 7. Sur maison louée par Leigonye (l'hypothèse « derrière » est de moi) :

ADC, I B 73 1/2, procès-verbal 23-25/01/1760

[xvii] G. Bouange, ouvr. cit., t. II, p. 323, a bien noté que l'on reconnaissait encore de son temps, avant 1880, « à ces matériaux même » de remploi les constructions canoniales rue du Buis, rue des dames et rue du monastère : je crois qu'il voyait large et attribuait aux chanoines des remplois « laïques » ; quant au chanoine Joubert, il aborde la question de manière évasive (ouvr. cit., p. 161) et donne trop d'importance à l'enclos de la Sainte- Famille (école Saint-Géraud).

[xviii] ACA, 1 D 1, n°4 (délibérations depuis le 4 février 1793), fol. 22 et 24-25 (5 et 18 germ. an II). - G. Esquer, Inventaire... cit., t.II (Aurillac, 1911), p. 310 : l'annaliste Lakairie note la destruction des maisons attenant au clocher en juin-juillet 1794. Je passe sur le détail de la construction difficultueuse de la halle au blé (prévue circulaire et au débouché de l'actuelle rue des frères Delmas et réalisée rectangulaire à cheval sur l'actuel gymnase, la rue et la maison de l'autre côté de la rue, de 1797 à 1807 environ) : toutefois le changement de projet eut une incidence certaine sur les alignements.

[xix] ADC, t V 102 et [2] O 14 (dossier presbytère de Saint-Géraud) ; et ACA., 2 M 2/1. Ces trois dossiers, rigoureusement complémentaires, permettent d'aboutir à la conclusion que la maison Salles du Doux acquise en 1791 (ADC, 1 Q 100, fol, 17) par un prête-nom, Duclos (qui acquit pour lui-même un jardin : ibid., fol. 61 v° !) était le logement du chanoine Trenty.

Une description de l'immeuble en 1825 (dans ADC, [2] O 14) concorde assez bien avec celle de 1760 (ADC, 1 B 731/2) ordonnée pour connaître l'état de la maison que le chanoine Gillet, promu doyen de Varen, remettait au chanoine Cébié : c'est le caractère enclavé de l'immeuble qui emporte l'adhésion car il était le seul de son espèce (la description évasive de 1790 ne retient que cet aspect de la bâtisse : ADC, 1 Q 43, [fol. 5v°]).

Pour la maîtrise, acquise nationalement par Lorus (ADC, 1 Q 101, n° 142-274 (11/05/1791) ; ACA, II 7, extrait commenté des biens de l'ancien chapitre), elle est parfaitement située comme contiguë à l'ancienne grande maison Lorus, expertisée et vendue par ses héritiers en 1802-1803 (ADC, 49 U 2, procès-verbal d'expertise 15 mess. X, plus explicite que les actes de vente de 3 E 25/73 au 11 flor. XI et 3 E 25/74, aux 5 therm. et 25 fruct. XI, qui évitent soigneusement toute allusion, même indirecte, à l'origine de ces biens d'Eglise). Lorus vendit la maison de la maîtrise en 1798 à une fille Fornier de La Roirie (ADC, 3 E 98/82, 3 mess. VI) : passée au libraire-imprimeur Picut, cette bâtisse aurait dû disparaitre avec le presbytère son voisin, pour être remplacée par une maison plus vaste (donnant sur la rue des frères Delmas. avec laquelle elle forme un angle aigu, derrière une cour, et sur la rue des dames), mais elle n'était pas sur le passage de la nouvelle rue (ADC, [2] O 14, dossier rue de l'école supérieure, plan de 1903, confronté au cadastre de 1812). On peut penser qu'il s'agit de la maison sise entre le n°1 (gymnase) et le n°5 de la rue des frères Delmas, dépourvue de porte de ce côté comme il est logique.

Les cotes cadastrales anciennes de la maîtrise et de la maison canoniale devenue presbytère étaient H 272 et H 268.

[xx] Sur le nombre de jardins, qui oscille autour de 4-5 : ADC, 352 F 4 (la déclaration du chantre Latour en 1692 est un peu imprécise à ce point de vue). - Enumération des jardins en 1790-1791 dans ADC, 1 Q 100, fol. 16 v° - 17 et 61 v° ; 1 Q 508, n° 6 (adjudication 08/02/1791) et n°7 (soumission 26 flor. IV). - Les délibérations collégiales de 1699 à 1717 (ADC, 106 F 7) permettent de repérer 4 jardins, celle du l12/10/1754 (ADC, 4 G 8, p. 36-37) entérine la cession par l'abbé au profit du chapitre d'un nouveau jardin.

[xxi] L'enclos canonial Cébié, en 1760, a un mur mitoyen avec le jardin Lorus : ADC, 1 B 731/2, procès-verbal cit. ; 3 E 24/29, dêclaration28/03/1769 (donne l'adresse de Lorus rue des dames) ; 1 Fi Aurillac 7, cop. de plan ancien rajeuni quant aux légendes (projet de halle dans le quartier, vers 1793-an V). - ACA, II 7, extrait annoté par Lakairie de l'état des biens du chapitre au 28/12/1790 : document riche en ce qu'il annexe les observations effectuées de 1790 à 1802, année de sa mise au net, mais confus parce qu'il mélange les données du document administratif aux compléments dus à l'annaliste, parfois erronés. Relativement à la chapelle Saint-Georges, sa localisation à main gauche en descendant vers la rue des dames, donc dans le jardin de l'actuel presbytère, concorde parfaitement avec les renseignements glanés dans les documents de première main et sur le plan Daudé (musée d'art et d'archéologie d'Aurillac, 1791). J'ajoute que Lakairie commet une grosse erreur dans l'idée qu'il se fait de l'affectation des maisons canoniales : il semble avoir confondu les logements de fonction et les terrains, bâtis ou non, loués ou acensés à des tiers par le chapitre.

[xxii] Le déplacement de la maîtrise a été évoqué note 12: immeuble délabré en 1747 lorsque Mgr de Barral voulut le réaffecter à une maîtrise digne de ce nom (ADC, 4 G 8, p. l2), il fut abandonné en location à un chanoine (ibid., p.26), et l'on installa la maîtrise chez le chantre, expulsé de ce fait. Or en 1781, le bâtiment de l'ancienne maîtrise, avec son jardin (115m2), localisés le long de la sacristie de l'église, avaient quitté le patrimoine géré directement par le chapitre (ADC, 3 E 24/53, procès-verbal d'expertise 28/06 et vente 14/07/1781), et le chanoine locataire, Boyssou, en avait été dépossédé puisqu'un autre lot lui était échu (en 1755 : ADC, 4 G 8, p. 39). La « nouvelle » (1760) maîtrise est citée et localisée dans A.D.C, 1 B 731/2, procès-verbal cit.

[xxiii] ADC, 3 E 80/47, acte de dépôt par Basile Delsol de sa quittance du droit de  prélation sur les immeubles en question en date du 20/04/1768 (09/03/1780) ; 3 E 24/52, inventaire après décès commencé le 06/10/1780 (les relations avec les Fortisson de Montlezun apparaissent passim (no 105, n°138...) dans l'énumération des titres) ; 3 E 52/77, vente 14/07/1781, et 3E 24/53, procès-verbal d’expertise 28/06/1781.

Vor aussi la courte note suggestive de  Louis de Ribier dans « Le chevalier Grasset… », dans RHA, 28 (1935), p. 193.

[xxiv] Trace de procès dans le compromis du 02/12/1745 au sujet de l'enclos rue du monastère et des dîmes de Naucelles-Le Claux dans ADC, 3E 42/47. – Et ADC, 3 E 24/53, procès-verbal d’expertise 28/06/1781, cit.

[xxv] ADC, 3 E 52/75, transaction 06/04/1781

[xxvi] ADC, 3 E 52/77, vente 14/07/1781